Mangez-le si vous voulez, Jean Teulé

Publié le par Craklou

A peine avais-je rendu le magasin des suicides à Fée de passage, qu'elle me mettait celui-ci dans les mains! Je l'ai donc attaqué avec autant d'enthousiasme que l'une et l'autre de mes précédentes lectures de Teulé. Cette lecture fut un peu plus "difficile" que les autres, mais tout aussi passionnante!


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Nul n’est à l’abri de l’abominable. Nous sommes tous capables du pire ! Le mardi 16 août 1870, Alain de Monéys, jeune périgourdin, sort du domicile de ses parents pour se rendre à la foire de Hautefaye, le village voisin. C’est un jeune homme plaisant, aimable et intelligent. Il compte acheter une génisse pour une voisine indigente et trouver un couvreur pour réparer le toit de la grange d’un voisin sans ressources. Il veut également profiter de l’occasion pour promouvoir son projet d’assainissement des marais de la région.
Il arrive à quatorze heures à l’entrée de la foire. Deux heures plus tard, la foule devenue folle l’aura lynché, torturé, brûlé vif et même mangé. Comment une telle horreur est-elle possible ? Comment une population paisible peut-elle être saisie en quelques minutes par une telle frénésie barbare ?
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Quand je parle de lecture difficile, ça n'est pas lié au style ou même à l'histoire. Je veux parler des actes décrits ici par Teulé. Le fait de savoir que le roman s'appuie sur des documents d'archives bien réels et des études très précises n'enlève rien au malaise. Il m'est arrivé de lire quelques lignes "en diagolnales" un peu écoeurée. Pourtant, les faits sont justement rapportés, sans que l'auteur en fasse vraiment trop. Le roman est court, et nous raconte aussi bien le contexte, et la suite des évènements, que les évènements eux-mêmes : qu'on se rassure, le lecteur ne se retrouve pas plongé dans cent cinquante pages de pure horreur. Teulé aurait même pu rapporter ces atrocités avec plus de détails encore. Somme toute, vu le récit, l'auteur reste assez "léger". Malgré tout, âmes sensibles s'abstenir : il ne s'agit pas moins que le récit de la battue et de la torture d'un homme par une foule folle furieuse. Le fait que les acteurs aient été à l'habitude de paisibles villageois ajoute au malaise.
Néanmoins, le roman est très intéressant. Et pas pour assouvir une curiosité malsaine ou un goût déplacé pour le voyeurisme. Teulé s'en tient aux détails qu'il est obligé de fournir. Mais à travers son récit, il analyse tout le processus de divagation de la foule, présente le contexte, et expose la situation après le retour à l'ordre, le déroulement de la justice ; "abstraction faite des évènements", il dépeint aussi à merveille l'ambiance de ce village de Provence à la fin du XIXe siècle.
Le tout rapporté avec le style léger mais percutant dont Teulé s'est rendu maître.
Une très bonne découverte, donc, à lire plutôt avant qu'après un repas toutefois ; en se rappelant qu'il ne s'agit de rien d'autre que d'Histoire !




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cline 06/11/2010 23:23


Coucou, j'aime beaucoup Teulé et surtout grâce à ce style si libre et malgré tout vivant, humain! Il aime ce qui est déglingué, complétement décalé, Verlaine par exemple. à bientôt.


Marie L. 07/01/2010 21:13


Ah c'est bien ce qui me semblait: une lecture difficile, dure, etc... Pas sûre que je puisse tenir...


Craklou 08/01/2010 09:35


Peut etre essaye en un autre alors ; celui n'est en effet "pas très ragoutant"...


Stephie 07/01/2010 15:09


C'était mon premier Teulé et ça ne m'a vraiment pas donné envie d'en lire un autre. Je n'aime pas le style en fait ;)


Craklou 07/01/2010 15:10


Au risque de débiter des banalités, je pense en effet que c'est un auteur que tu aimes beaucoup ou pas du tout! Mais c'était pas non plus le plus facile pour commencer... Eventuellement, si le
coeur t'en dit plus tard, tente le magasin des suicides. C'est mon préféré!


Neph 07/01/2010 12:26


Cela fait longtemps que j'ai envie de le lire... Le style de Teulé dans Le Montespan est déjà assez cru, ce qui m'avait parfois surprise : je suppose que c'est la même chose dans celui-là ? Il faut
dire que la scène doit se prêter à une telle écriture...


Craklou 07/01/2010 12:46


Et bien en fait j'ai trouvé ça moins déroutant que dans le Montespan, où somme toute il n'y avait pas forcément de raison d'être aussi cru. Ici c'est beaucoup plu naturel, et je trouve que
justement, vu le personnage, il aurait vraiment pu en faire des tonnes, alors que non!